Roots

 

LES ORIGINES DE GALKADAWALA

Beaucoup m’ont demandés pourquoi je me suis lancée dans l’aventure de Galkadawala.

C’est difficile à expliquer, je n’avais pas de plan, de vision particulière, et à vrai dire je n’en ai toujours pas. L’année de ma naissance, en 1957, mes parents déménagèrent de Colombo à Kandy suite à la mutation de mon père à l’Université de Peradeniya de Kandy comme maître de conférence. A cette époque là, prendre une telle décision n’était pas chose aisée, quitter la ville avec une enfant de 5 ans (ma sœur) et un nouveau né pour la région montagneuse du Sri Lanka, une région splendide, mais plutôt isolée. Mes parents sont de la génération qui a connu la colonisation puis l’indépendance de Ceylan. Ils étaient déterminés à faire évoluer leur île fraichement indépendante dans le monde moderne post seconde guerre mondiale, mais avec comme socle sa culture et son héritage ancestral. Ils étaient un petit groupe à partager cette même vision dans cette jeune Université de Peradeniya. Nous vivions dans une partie excentrée du campus nommée Mahakanda, une contrée sauvage et tranquille des montagnes d’Hanthana. Ma sœur, mon jeune frère, quelques autres enfants et moi-même avons été élevés dans cet environnement. Nous jouions dans les bois, pataugions dans les ruisseaux, roulions dans la boue, mangions différentes variétés de fruits, baies, fleurs et autres plantes que nous trouvions dans la forêt. Les animaux et différentes créatures que nous rencontrions étaient nos amis et compagnons de jeux. Nous traitions la faune et la flore avec respect. Les grands troncs arbres nous protégeaient des dangers de la forêt – nous nous refugions derrière ou grimpions aux branches et nous ressentions alors la chaleur et l ‘énergie qu’ils partageaient avec nous. Ce fut une enfance très particulière.

Passer nos vacances avec ma grand-mère et ma tante sur la côte sud dans le village de Galwehera fut également une très forte expérience. Elles nous inculquaient les valeurs d’une consommation modérée, comment recycler et réutiliser les aliments, comment ne rien jeter. Tout une chaine s’était mise en place pour collecter les vieux journaux, le carton, les bouteilles, n'importe quel type de métal, etc…. “Monsieur Papier et Bouteille” nous rendait visite une fois par mois pour faire sa collecte qu’il troquait contre des ustensiles de cuisine en émail ou en aluminium. Comme tous les enfants nous adorions jouer à la marchande avec lui, et nous attendions ses visites avec impatience.

Nos vêtements se passaient de génération en génération, et ceux qui ne pouvaient l’être étaient récoltés par “Monsieur Vêtement”, là aussi par un système de troc. Ces hommes allaient vendre ce qu’ils récoltaient dans la ville la plus proche pour être à leur tour recyclé.

Ces éléments à leur tour étaient recueillis par le prochain échelon de la chaîne du processus de recyclage. Enfin les métaux tels que le fer, le laiton et le cuivre allaient aux fonderies de métaux locales ou étaient exportés vers l’Inde voisine. Aujourd'hui encore ce système est toujours en vogue mais moins efficacement.

La nourriture qui était servie chez ma grand-mère était très simple. Le Sri Lanka est “recouvert” de nourriture. Il y a tant de choses à manger qui poussent naturellement autour de nous. Mais combien sont réellement utilisées ?

1978: Le Sri Lanka ouvre ses portes à l’économie libérale. 1979: Je déménage à Colombo pour y travailler… et plonger dans une course folle.

Mias, 20 années à travailler dans l’import-export avec les Etats-Unis et l’Europe n’ont pas réussi à m’éloigner de la nature sauvage du Sri Lanka. Dés que j’avais du temps pour moi – ce qui était assez rare – je me rendais dans la jungle ou voyageais dans les zones rurales du Sri Lanka (encore une habitude héritée de mes parents). C’est donc tout naturellement qu’en 2006, âgée de 49 ans, ne supportant pas l’idée de passer les 10 prochaines années à faire la même chose, j’allais me réfugier dans les contrées les plus sauvages de mon pays bien aimé.

C’est mon très cher ami, l’architecte Vijitha Basnayaka qui me suggéra de trouver une terre qui avait été détruire par l’homme pour y développer notre projet, contrairement à l’idée commune de construire dans des zones touristiques. Il croyait fermement que nous consommions beaucoup trop et que notre planète ne pouvait supporter un tel niveau de consommation. Il appliqua donc cette théorie en recyclant au maximum les matériaux de construction existant sur place et en concevant une architecture en fonction des matériaux disponibles.

Ce fut un travail compliqué, notamment pour convaincre les équipes – charpentiers, maçons etc…- de réutiliser les matériaux des anciens bâtiments. Il y eut beaucoup d’abandons et des grands moments de doutes et de désespoir.

Le reste de l’histoire est expliquée sur notre site www.galkadawala.com

Les organisations liées à la protection de l’environnement m’ont demandées pourquoi je ne soumettais pas Galkadawala à diverses récompenses. Je ne peux tout simplement pas. Galkadawala est basé sur des valeurs ancestrales, une façon de vivre éprouvée basée sur les enseignements Bouddhistes : Vivre avec modération en suivant le chemin du milieu, sans excès. Ce n’est ni un concept à la mode ou rattaché à une rubrique d’une quelconque organisation.

Il y a une chanson très connue que nous avions l’habitude de chanter à l’école quand nous étions tout petit, symbole une consommation modérée...

Mé gasé bohō, pani dodam athey...

"Il y a beaucoup d’orange sur cet arbre. Les branches plient sous les oranges mûres. Mais deux oranges suffisent pour ma sœur et moi. Nous ne sommes pas de vilains garnements, qui vont cueillir trop d’oranges."

Et également Dhammapada, Aarahantha Vagga:

"Il y a beaucoup de belles forêts qui n'attirent pas les hommes ordinaires. Les passionnés sont attirés par ces forêts, parce qu'ils ne recherchent pas le plaisir sensuel."

…… Lord Buddha.

Les Origines